Lady R.

Lady O. et Lady R., les deux fées en OR de ma jeunesse

Il était une autre fois une seconde amie de longue date de ma famille, Lady R., ô combien haute en couleurs, une crinière de feu, une femme distinguée, érudite, au profil aristocratique et au maquillage très appuyé mais esthétique. Andorra, la mère de la sorcière bien-aimée, la belle-mère acariâtre de Jean-Pierre, vous vous rappelez ? Lady R. lui ressemblait.

Lady O. et Lady R. ne se connaissaient pas et pourtant elles auraient pu être amies. Si opposées et si proches par certains côtés. Lady O. tout en noir et blanc, chevelure platine, aimait à dévoiler quelques rondeurs sensuelles comme un appel à la chair. Rentière, elle profitait pleinement de la vie. Lady R. toute en couleurs, dégageait une certaine autorité naturelle avec pourtant beaucoup de fantaisie et de profondeur. La plupart des gens la vouvoyait. Rentière elle aussi, libre, et un peu rebelle, elle cherchait à partager de bons moments maintenant que son défunt mari, doyen de l’académie en littérature espagnole, avait disparu. Elle était libre, intarissable sur la Commune de Paris, résistante pendant la guerre, elle prenait plaisir à entonner l’Internationale.

Avec elle, j’ai appris le goût des belles choses, et celui de la gastronomie. La tournée des restaurants gastronomiques de Paris : le Crillon, le Pavillon Elysées, le Pré Catelan, l’hôtel Meurice, le Train bleu, le Shogun face à la Tour Eiffel, nous avons écumé les meilleures tables de la Capitale chaque fois qu’elle montait sur Paris. Chaque repas était une fête, et une fête ne peut se faire qu’entre amis. Elle ne prenait aucun plaisir à aller toute seule dans ces palaces et à deux, nous nous régalions, nous avions beaucoup de plaisir à nous retrouver, et laissions les serveurs et clients s’interroger sur la nature de notre relation, non sans un certain amusement. Lady R. était plutôt anticonformiste ! Ensuite elle allait chez Guy Laroche s’offrir une jolie robe rouge ou chez un joailler se parer d’une broche avec de jolies guêpes ouvragées. Ou bien nous faisions un tour en barque au bois de Boulogne. Elle pouvait aussi débarquer à la maison à Marseille avec une bouteille de champagne Cristal Roederer et nous la partagions à quatre en famille. Comme nous nous sommes amusés et régalés ensemble !

Lady R. ne voulait pas se voir dépérir. Grâce au Ciel, la maladie d’Alzheimer l’a vite emportée, et libérée. Avant de partir elle m’a offert cette aiguière que j’ai peinte à l’aquarelle et au crayon, et que j’ai toujours dans mon salon. Oui, je suis attaché à cet objet comme le souvenir d’une personne généreuse qui me suit encore de là-haut.

Lady O. et Lady R. avaient des dates de naissance qui se ressemblaient, 5/10/20 et 10/10/19, elles sont mortes à 75 ans toutes deux, quasi à une année d’intervalle. Paix à vous, mes deux bonnes fées, jamais je ne vous oublierai.

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Ma première peinture à l’huile